ÆTHER
Composition abstraite en noir et blanc avec des lignes entrelacées et des formes organiques.
PREMIUMessais15 mn de lecture211 lectures

L’humain est polyphonique

par Christine Gruwez15 mai 2026
Karo Kollwitz, CIS, 29,7 × 42 cm. Aquarelle pressée à froid ; carton, encre de Chine.

Le Féminin déplace les rôles figés, ouvre un espace de possibles. En lui la différence devient source de création. Il donne à l’altérité une place vivante et féconde. Là où il est reconnu, accueilli, surgit une résonance : une tonalité singulière qui relie plutôt qu’elle ne sépare ou ne hiérarchise.

La libération de la féminité, en tant que qualité attribuée uniquement aux femmes, n'en est qu'à ses débuts. Il ne s'agit pas ici de libérer ces capacités, mais de libérer les femmes de l'aliénation qui, face à ces qualités « féminines », joue encore un rôle. Cela vaut également pour les qualités qui peuvent être attribuées à l’homme. En effet, les femmes et les hommes partagent toujours un environnement religieux, sociologique et culturel commun, à travers lequel différents types de déterminations extérieures agissent sur les deux, même dans le langage. Les termes « féminin » et « masculin » sont toujours utilisés comme adjectifs. Si nous les utilisons comme substantifs, par exemple « la féminité », nous les soustrayons déjà un peu à la détermination extérieure. Le féminin et le masculin deviennent alors des qualités d'être indépendantes, qui trouvent leur source première dans l'humain en général. L'expression « le Féminin » trouve son fondement dans la féminité, mais ne s’identifie pas nécessairement à celle-ci.

Le « Féminin » désigne une qualité radicalement nouvelle, à laquelle participent aussi bien les hommes que les femmes. Il ne s'agit toutefois pas d'une prise en charge réciproque d'un « rôle ». La qualité de la féminité ne peut être ni complétée ni remplacée par la qualité de la masculinité et inversement. Chaque « rôle » porte encore en lui les traces d'une possible détermination par autrui. On peut même s'imposer soi-même un rôle. Cela aussi peut être compris comme une détermination par autrui. Il est toutefois important que la féminité et la masculinité élargissent les rôles qu'ils se sont imposés, et qu'ils développent une troisième qualité en raison de leur qualité d'être opposés l'un à l'autre. Cela ouvre un nouveau niveau. Dans celui-ci, l'autonomie est au commencement et la liberté peut se déployer à partir de cette autonomie originelle. Il s’agit d’un départ radicalement nouveau.

Le « Féminin » m'apparaît comme ce nouveau départ. Il transparaît à travers les différentes qualités et leur confère un éclat. Un peu comme la lumière qui a traversé les ténèbres de l'aliénation et qui, à un nouveau niveau, confère désormais aux deux une beauté illuminée et partagée en tant que potentialité créatrice. Le philosophe anthroposophe Bodo von Plato évoque une nouvelle esthétique issue d'une combinaison des contraires comme troisième qualité. (Article publié le 6 mars 2026 sur le site d'Æther, ndlt.) Aujourd'hui, la libération de l'aliénation s'annonce comme une opposition qui comprend ou interprète le sexe et le genre comme la seule base d'un rôle.

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5 commentaires

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J

JEAN GINDT15 mai 2026

Effrayant

J

JEAN GINDT18 mai 2026

Bonjour, 
vous me demandez d'expliquer mon commentaire, qui était fort court ("effrayant") en effet.
Je le fais fort volontiers en essayant de distinguer mes effrois.
1) Les limites de l'utilisation des termes dans l'une ou l'autre langue. 
On lit que "Les termes 'féminité' et 'masculinité' sont toujours utilisés comme adjectifs". C'est peut être le cas en allemand, mais en français ces termes sont généralement utilisés, surtout de nos jours, comme substantifs.
Cela engendre une incompréhension par rapport à ce qu'a voulu dire la personne, d'autant plus que le passage de l'adjectif au substantif constitue le fil rouge du raisonnement ici.
Le traducteur s'est heurté ici à une difficulté majeure.
2) la complexification stérile

Le début de l'article peut encore être compris. Mais quand je lis plus loin les phrases suivantes, j'abandonne: "À partir des qualités du masculin et du féminin, un troisième élément, le Féminin, émerge à un niveau supérieur", "Le désir de contact ne mène pas à l'épanouissement si l'on veut garder ouvert le niveau créateur du Féminin", "Le Féminin ne peut pas non plus être pratiqué, car cela reviendrait à revenir à un modèle de rôle que l'on s'imposerait à soi-même. Il doit pouvoir naître de la potentialité. C'est pourquoi les deux, la féminité et la masculinité, sont en principe inachevés, car la puissance ne porte en elle aucune détermination. On ne peut donc pas non plus se proposer de pratiquer le Féminin".
On est en plein dans l'esprit allemand, puisque la langue structure et oriente la pensée, en pleine opposition à l'esprit français qui privilégie la clarté, comme le montre ce chef d'oeuvre français que fut le Code civil de 1804 (par exemple l'article 1134 "les contrats tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits", court, précis, direct !).
Tout en devient abscons.
Rudolf Steiner pouvait lui-même se "perdre" dans des considérations très compliquées, mais il y échappait en définissant les termes qu'il utilisait d'une part, et en restant lié à la réalité, aux astres, à l'univers d'autre part (il était tout sauf un intellectuel urbain hors-sol).
3) l'imprégnation de l'air du temps
Cet article reprend en outre les poncifs de l'air du temps sur le féminin jusqu'ici atrophié car victime, sur l'existence d'un genre qui serait le choix du sexe au-delà du sexe imposé par la nature ou Dieu (au choix).
Ce ne sont là que les actuelles déclinaisons d'un individualisme de plus en plus absolu, qui nous détruit chaque jour un peu plus.

Ce n'est là que ma vision, j'avoue que j'ai pu succomber plus tôt dans ma vie aux travers que j'explique ici, mais je tends désormais de plus en plus à l'épure et à la clarté opérative.

Æ

ÆTHER X21 mai 2026

Bonjour Monsieur Gindt,
Merci pour votre commentaire plus développé. Nous avons effectivement corrigé l’erreur grammaticale concernant les adjectifs et les substantifs, qui nous avait échappé et que vous avez eu raison de signaler.
Pour le reste, nous prenons acte de votre position, sans toutefois la partager. Les divergences d’opinion existent et n’appellent pas nécessairement de consensus.
Merci néanmoins d’avoir pris le temps de formuler aussi clairement vos inquiétudes et vos « effrois ».

J

JEAN GINDT21 mai 2026

Merci, vous avez tout dit !
J'espère juste que vous partagez la vision d'une nécessaire simplicité et clarté dans l'expression, ce qui n'empêche pas le partage d'éléments complexes.
Bien cordialement

Æ

ÆTHER X21 mai 2026

Bien évidemment!

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